drogues

la méphédrone,

nouveau fléau

info extraite du site www.skinhard.com

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Angleterre veut sortir le nez de la méphédrone


C’est l’histoire d’une trainée de poudre qui a fini par mettre le feu à la Grande-Bretagne. Totalement inconnue il y a encore trois ans, la méphédrone s’est hissée au top 4 des drogues dans les clubs anglais… Si bien qu’elle sera interdite dès le 16 avril prochain, a annoncé mardi le ministre de l’Intérieur Alan Johnson. Celle que les tabloïds appellent désormais la « killer party drug » aurait en effet joué un rôle dans la mort de 25 personnes dans le pays.

« Cette drogue venue de nulle part est tout à coup devenue très populaire », expliquait en janvier au mensuel de clubing MixMag le docteur Winstock, auteur d’une étude selon laquelle 40% des lecteurs du magazine auraient consommé de la méphédrone. « Pour une drogue qui ne circule que depuis peu de temps, elle a eu un impact considérable sur la scène des drogues pour clubbers. »

Mcat, Miaouw Miaouw, Meph…
La méphédrone, ou 4-methylmethcathinone, est une forme synthétique de la cathinone, une substance naturellement extraite du khat, dont on mâche les feuilles au Moyen-Orient pour leur effet stimulant. Probablement sortie de l’anonymat en Israël peu avant 2007, on la trouve aujourd’hui partout sur le Net, vendue le plus légalement du monde, en tant qu’engrais, sous différentes appellations: Mcat, Miaouw Miaouw ( référence au chat de Mcat), Meph… Ou encore associée à d’autres produits dans des pilules aux doux noms de Neo Dove ou encore Spirit.

Snifée, ingérée ou plus rarement injectée, ses effets sont assez proches de ceux de la MDMA, substance active de l’ecstasy. Sensation de bien être, déshinibition, effet stimulant… Mais aussi maux de tête, suées, palpitations, anxiété, voire psychoses. Et, comme la cocaïne, irrésistible envie d’en reprendre à intervalles réguliers.

Phénomène sans précédent, en quelques mois la méphédrone envahit les dancefloors de Londres à Manchester et agrémente bientôt les soirées de défonce de plus jeunes gens, en ville comme à la campagne. Des consommateurs qui partagent leurs expériences sur le web:

« Après une demie-heure, l’euphorie a commencé, raconte ainsi « Psychonaut » sur Drugs-Forum. Dix minutes plus tard, ça ressemblait à une bonne dose de MDMA, même si l’empathie et la sensation de vivre la musique n’étaient pas si fortes. Cette expérience a été l’une de mes meilleurs liées aux drogues. Ce fut magique, peut-être même mystique. »

Dans tous les témoignages revient la référence à la MDMA. L’histoire des deux molécules est en effet intimement liée. C’est ainsi en pensant tomber sur des ecstasys que des gendarmes français opèrent, en mai 2007, ce qui s’avèrera être la première saisie mondiale de méphédrone. C’est ensuite une pénurie de MDMA qui mettra la meph sur les rails.

Une pénurie ressentie dans plusieurs pays européens
En juin 2008, au Cambodge, 33 tonnes d’huile de sassafras sont détruites. D’autres saisies tout aussi spectaculaires suivront. La nouvelle ne fait pas grand bruit parmi les clubbers européenns, pourtant cet élément est essentiel à la synthèse de la MDMA et en Europe, les fabricants de « love pill » se retrouvent au chômage technique. Une pénurie mondiale confirmée aux Inrocks aussi bien par certains de ces laborantins que par la police française.

Légale donc rassurante, facilement accessible via Internet (on peut être livré en 90 minutes à Londres), ayant des effets proches de ceux de la MDMA ou de la cocaïne, dont la qualité est de plus en plus douteuse, la méphédrone prend son envol.

Les propriétaires de sites web britanniques ou de headshops (boutiques où l’on vend stimulants, accessoires pour fumer…) se la procureraient entre 3000 et 4500 euros le kilo chez des grossistes chinois. Et la revendent jusqu’à 15 euros le gramme. Soit un bonus de plus de 10 000 euros. En toute légalité. Pablo Escobar se serait retourné dans sa tombe.

En France, le phénomène est essentiellement confiné à des cercles d’initiés qui se repassent jalousement le plan entre eux, craignant qu’un intérêt généralisé n’entraîne l’interdiction:
« J’en ai pris une dizaine de fois, nous confie « Biodame », Parisienne de 30 ans qui travaille dans le milieu culturel. La première fois, c’était dans une soirée appart. Les gens avaient envie de parler, d’aller vers les autres. Puis j’en ai acheté sur le Net. Mais je ne le referais pas. Le lendemain, l’effet physique est plus fort qu’avec la MDMA. Et on ne sait pas ce qu’il y a dedans ni les effets secondaires. »

Peu d’abus reportés à ce jour, mais une substance « sous surveillance », confirme la police.



Cinq jeunes admis à l’hopital à Teensdale
En Grande-Bretagne, le grand public apprend l’existence de la méphédrone fin 2009. Notamment lorsque cinq jeunes du village de Teensdale sont admis à l’hôpital après en avoir pris plusieurs jours d’affilée, mélangée à d’autres drogues. Aux dires de la mère de l’un d’entre eux, qui s’est confiée au magazine spécialisé Druglink, son fils aurait mis 36 heures à « redescendre »:

« A sa sortie de l’hôpital, il était encore shooté, très agité, en sueur. Il n’arrivait pas vraiment à marcher. Je lui ai donné à manger, il n’avait pas mangé depuis des jours. Il est resté dans sa chambre une semaine. Il a posté sur Facebook qu’il n’en reprendrait plus. Mais une semaine après c’était reparti ».

Un premier décès est annoncé le même mois. Une jeune fille de 14 ans, à Brighton, morte de crise cardiaque après avoir pris de la meph. La police affirmera finalement que son décès était dû à une bronchopneumonie.

Trop tard, aux Communes le ministre de l’Intérieur Alan Johnson est interpellé sur ce dossier qui fait désormais la Une des journaux. Début février, John Smith, 46 ans, employé de Marks & Spencer, meurt après avoir pris de la méphédrone. Selon l’autopsie, elle serait cette fois bien à l’origine du décès. Le Conseil consultatif sur l’abus de drogues avance aujourd’hui le chiffre de 25 morts. Sans qu’il soit encore possible de dire si la meph, généralement associée à d’autres produits, est directement responsable.

Le fils d’une député travailliste fait le grossiste
A quelques semaines des élections générales, l’opposition monte au front et taxe le gouvernement de laxisme. Le Sun révèle opportunément mi-mars que « l’un des principaux delaers de Miaouw Miaouw est le fils d’une député travailliste de premier plan ». La députée est Louise Ellman, de Liverpool, très impliquée dans la lutte contre les drogues. Son fils est propriétaire de la chaine de headshops « Dr Herman’s ». L’élue doit publiquement préciser « qu’elle n’approuve pas les activités de son fils, même si à 37 ans il prend ses propres décisions ».

Mais les Tories rappellent surtout que la « deadly dance drug » a déjà été interdite en Allemagne, en Suède, en Finlande, au Danemark ou encore en Hollande. Et reprochent au gouvernement d’avoir pris du retard, notamment en raison de la récente démission de 6 membres du Conseil consultatif sur l’abus de drogues, dont l’avis est nécessaire pour toute interdiction. Ces derniers estimaient leur indépendance scientifique mise en cause par le pouvoir politique.

Car bien avant la remise du rapport des experts, lundi 29 mars, les dés étaient jetés. Gordon Brown lui-même avait affirmé cinq jours plus tôt que son gouvernement était « déterminé à empêcher cette plaie qui menace la jeunesse de notre pays ». Le ministre de l’Intérieur Johnson promettait la veille qu’il ferait passer une loi sur la classification de la méphédrone au tabeau B des stupéfiants avant les élections générales. (Voir la vidéo, en anglais)

Résultat, le 16 avril, le commerce de la méphédrone et des substances analogues sera passible de 14 ans de prison. Sa consommation de 5 ans. Sur Internet, on incite déjà à faire des stocks.

Déplacer le trafic vers d’autres « legal highs »
Isolé, le Dr Nutt, directeur démissionnaire du Conseil consultatif sur l’abus de drogues, en appelle à la prévention et dénonce une précipitation liée à l’agenda politique. En attendant les résultats d’une étude européenne en cours, il rappelle que les données scientifiques sont inexistantes et ne permettent donc pas de décider d’une interdiction « qui ne fera que déplacer le problème vers des drogues potentiellement plus dangereuses ». Des drogues que les Britanniques appellent « legal highs », les apprentis chimistes ayant toujours un temps d’avance sur le législateur.

« A moins que la Grande-Bretagne ne change sa législation en profondeur, cette industrie va perdurer. Nous trouverons juste autre chose pour contourner la loi, affirmait récemment un revendeur à Druglink. Bien sûr que je cherche déjà quelque chose de nouveau et de légal. Il y aura une demande énorme de nouveaux stimulants si la méphédrone est interdite. » Les prétendants au trône s’appellent entre autres Buphedrone, Flephedrone, MDAI, MDVP, Desoxypipradol…
 

 

 

D'après l'article paru sur LES INROCKS

 

 

 

 

 
 

 


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