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controverse
suite aux
propos
d'Hirshel |
INFORMATION PREVENTION -
Communiqué de presse du SNEG PREVENTION
Paris, le 4 mars 2008
Controverse sur la transmission du VIH à charge
virale indétectable :
UNE CHARGE VIRALE VIH INDECTECTABLE CERTES,
MAIS AUCUNE CERTITUDE SUR L’ABSENCE DE VIRUS
DANS LE SPERME !
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Pour
une meilleure compréhension, consultez aussi en préalable à ce sujet, ma newsletter personnelle, publiée
dès le 19 février 2008
Le Dr suisse
Bernard Hirschel s’est récemment exprimé sur le caractère non
contaminant des personnes séropositives avec une charge virale VIH indétectable.
Depuis cette affirmation anime actuellement le monde associatif et médical.
Interpellé sur le terrain via ses délégués, le SNEG Prévention souhaite ici
contribuer au débat.
La position
de Bernard Hirschel est extrêmement dangereuse en termes d’impact sur les
comportements de prévention, ce
d’autant plus qu’il se base sur des études de couples hétérosexuels
sérodifférents stables dont la sexualité ne correspond pas à la majorité des
gays, qu’ils soient en couple ou pas.
Une généralisation dangereuse…
En passant de l’observation clinique de
rares cas de contamination chez des couples sérodifférents hétérosexuels stables
et fermés à un message de prévention généralisé, Bernard Hirschel prend une
position qui remet en cause toute l’approche de la prévention en direction des
personnes séropositives.
Un tel discours de santé publique ne peut s’appliquer qu’après avoir levé un
certain nombre d’incertitudes et de questions basées sur des éléments cliniques
avérés et adaptés à tous les types de sexualités, ce qui n’est pas le cas ici.
On ne peut ainsi prendre pour argent comptant certaines de ses affirmations
comme « en dessous d'une certaine concentration de virus, aucune contamination
ne se produit » ou encore « c'est une nouvelle option de prévention, qui est
importante dans certaines circonstances, par exemple chez les couples stables
qui se connaissent bien, chez les personnes qui veulent des enfants, là
évidemment c'est difficile d'utiliser des préservatifs et le risque de
contaminer quand on essaye de concevoir pèse lourdement sur la vie de couple, et
là, par exemple c'est un message qu'il faut donner aux gens ».
…face à un risque zéro qui n’existe pas…
Le risque zéro n’existe pas et le virus
ne peut être totalement éradiqué. D’ailleurs, Bernard Hirschel se contredit
lui-même puisqu’il reconnaît qu’« il n'existe pas de certitude absolue, ni de
risque zéro. Ce qu'on peut dire c'est que jusqu'ici, on n'a pas constaté de
contamination à partir d'un porteur du VIH sous traitement efficace. On ne peut
pas exclure que l'étude de cohortes plus importantes ferait apparaître une
exception ici ou là. Mais nous avons affaire à une nouvelle réalité, qui change
les choses dans la pratique».
Ces exceptions « ici ou là » qu’évoque Bernard Hirschel, nous ne sommes pas
prêts à les endosser en tant qu’acteur de prévention responsable.
De même, nous ne sommes pas prêts à prendre le risque de nous taire en l’absence
de véritables études de cohortes protocolisées et du même coup faire prendre des
risques majeurs à nos amis, à nos partenaires, à tous les hommes qui sont
exposés par leur sexualité et dans leur vie au risque VIH.
Nous refusons de faire le pari d’une politique du nombre que nous considérons
aussi dangereuse autant que contraire à l’éthique et qui, ne prenant pas en
compte dans sa communication la réalité de nos pratiques, se fait au détriment
d’un discours de prévention sur le risque individuel et unique pour chacun
d’entre nous.
…face à la réalité biologique…
Sur un plan pratique, rappelons que le
seuil de détection des tests actuels de mesure de charge virale sanguine est de
20, 40 ou 50 copies/ml de sang. Une charge virale est dite indétectable quand
elle est en dessous du seuil de détection de la technique d’évaluation utilisée.
Attention, cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de VIH dans le sang, mais que
l’on ne peut pas le détecter. Ainsi, pour un test détectant jusqu’à 40
copies/ml, cela signifie que 39 virus VIH par ml de sang peuvent être présents
alors que le test répond « indétectable ». Cela ne veut pas dire par ailleurs,
que le virus ait disparu du sperme. Des réservoirs de virus persistent et les
personnes restent contaminantes.
Certaines études ont également montré que la charge virale séminale (dans le
sperme) se situe entre 10 et 50 fois supérieure à la charge virale sanguine,
c’est le cas par exemple en présence d’infection sexuellement transmissible avec
inflammation des parties génitales, anales ou buccales, et il est impossible de
prédire de façon certaine la charge virale séminale à partir de la charge virale
sanguine.
Ainsi, un éjaculat de sperme étant en général de 2 à 4 ml, cela voudrait dire
pour un homme dont la charge virale sanguine VIH est "indétectable" (avec un
test de sensibilité à 40 copies/ml), qu’un éjaculat contiendrait entre 0 et 7800
virus VIH (4 ml x 39 copies/ml x 50) !
La meilleure preuve scientifique qui étaye cette réalité se trouve dans les
études mesurant la charge virale spermatique chez des hommes séropositifs qui
s'inscrivent en Procréation Médicale Assistée en France, avec une charge virale
plasmatique négative sous anti-rétroviraux, on retrouve une charge virale
positive dans le sperme chez 7 à 17% de ces hommes.
… face à des cas de contaminations non
publiés…
Certes, la littérature n’a pas à ce
jour publié de cas documenté d’une contamination avérée par exemple, au sein
d’un couple homosexuel sérodiscordant, dont le partenaire séropositif avait une
charge virale sanguine indétectable. Mais bon nombre de cliniciens ont été
amenés à connaître des cas précis, mais, pourtant, la publication de tels cas
(qui ne semblait pas être une priorité dans le corps médical jusqu’à présent),
nécessiterait d’éliminer tout autre source de contamination extérieure pour être
incontestée sur le plan scientifique. Et rien ne permet d’assurer
scientifiquement qu’un partenaire séronégatif dans un couple sérodiscordant ne
se protégeant pas, n’a pas pu être contaminé par un partenaire sexuel extérieur.
Ainsi, à l’appui de témoignage de médecins partenaires du SNEG, nous pouvons ici
faire cas d’un couple séro-différent homosexuel suivi par le Dr Jean Derouineau,
de l’Institut Alfred Fournier et attaché à l’HEGP, qui est devenu séro-concordant
en 2007, à partir du partenaire traité à charge virale indétectable vers son
partenaire fixe. Ces partenaires avaient tous deux décidé de ne pas utiliser de
préservatif en informant leur médecin, et ce sur la base de connaissances et de
leur évaluation personnelle du risque de la transmission du VIH en fonction de
la charge virale... Le génotypage du VIH infectant le partenaire récemment
contaminé montre un VIH identique à celui de son partenaire d'une part, et
l'analyse de leur sexualité dans les mois précédents d'autre part confirme la
transmission de ce virus au sein du couple. D’autres cliniciens français
connaissent des situations comparables.
…et face à des données non transposable
à notre communauté…
Même si un certain nombre de
publications fixent à 1000 copies/ml de sperme le seuil en dessous duquel la
contamination serait « impossible », la dose infectante minimale par voie
muqueuse chez l'homme est inconnue, faute d'études de cohortes, qui par ailleurs
poseraient des problèmes éthiques (comment en effet constituer des bras d’études
avec des personnes qui prendraient sciemment des risques de contamination ?).
En
Afrique des études sur des couples hétérosexuels séro-différents , sur de
courtes périodes (1 à 2 ans) ont montré la corrélation entre contamination et
charge virale VIH sanguine. De même, d’autres études similaires ont été menées
sur des couples séro-différents en Espagne et au Brésil mais là encore
hétérosexuels. Or, la situation est peu comparable avec ce qui se passe de façon
générale en termes de sexualité entre hommes et dans la communauté gay.
…n’oublions pas les facteurs de risques
aggravants (virus VIH résistants et autres IST)…
La position de Bernard Hirschel précise
que sa théorie s’applique à des personnes séropositives ne souffrant d’aucune
autre Infection Sexuellement Transmissible (IST) et suivant un traitement
antirétroviral permettant de rendre la charge virale indétectable.
Cette hypothèse s’applique difficilement au milieu homosexuel où les alertes
sanitaires nous interpellent régulièrement. On ne peut donc faire fait fi de la
question de la transmission des IST (herpès, chlamydiae, syphilis, LGV,
gonocoque, papillomavirus, virus de l'hépatite B, virus de l'hépatite C…), qui
peuvent d’une part contribuer à l’augmentation de la charge virale VIH séminale
et d’autre part fragiliser les autres partenaires tant au niveau immunitaire
qu’au niveau des muqueuses, et ce quelque soit leur statut sérologique. Un autre
point important à ne pas oublier concerne la transmission du VHC par voie
sexuelle, dont on a longtemps dit qu ‘elle était inexistante… Elle est désormais
avérée chez les gays, notamment séropositifs au VIH. On sait aujourd’hui que la
guérison par traitement d'un VHC d'un sous-type donné ne protège pas de la
contamination par un VHC d'un autre sous-type, et qu’une guérison d'un sous-type
ne permet pas de prédire une guérison avec un autre...
Nous tenons aussi à
soulever la question capitale de la surcontamination des personnes
séropositives. Une charge virale indétectable ne signifie pas l’absence de virus
"sauvage", dénué de résistance. Il peut aussi s'agir de virus multi résistants
pour lesquels une combinaison de médicaments récents modère la multiplication en
dessous du seuil de détection actuel.
Contracter un VIH résistant aux médicaments actuels, que l’on soit déjà
séropositif ou encore séronégatif est un événement grave qui remet en cause la
vie à court terme !
…et n’adaptons pas nos croyances à des
vérités un peu trop vite établies, qui demandent des confirmations scientifiques
prenant en compte toutes les sexualités.
Si nous convenons que la charge virale
faible diminue le risque de transmission de VIH sensible aux antirétroviraux
actuels, nous ne pouvons passer sous silence qu’il existe de nombreux VIH
différents et multi résistants, hautement transmissibles. De ce fait, le risque
pour la santé est donc actuellement croissant, et non décroissant, en cas de
rapport sexuel non protégé, et cela même au sein de couples homos séro-différents
stables.
Qui plus est, dans le cadre de rencontres multiples, il est inimaginable de
connaître la charge virale d’un partenaire de passage ainsi que l‘observance à
son traitement.
Si le discours de
prévention n’arrive plus à toucher certains gays, ce n’est pas une raison pour
diffuser des informations non étayées qui ne font qu’amplifier les difficultés
de la prévention en permettant à chacun de se forger sa propre croyance au gré
de ses fantasmes, de ses désirs et de ses vulnérabilités du moment.
L’équipe prévention du SNEG, le 4 mars 2008
www.sneg.org
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Consultez aussi à ce sujet ma newsletter personnelle, publiée dès le 19 février 2008
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